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Comment pâtisse-t-on ailleurs ? Immersion dans les pâtisseries marocaines pendant le Ramadan à Tanger

Comment pâtisse-t-on ailleurs ? Immersion dans les pâtisseries marocaines pendant le Ramadan à Tanger

Découvrez les pâtisseries marocaines à travers une immersion à Tanger pendant le Ramadan. Techniques, traditions et inspirations pour progresser en cours de pâtisserie à La Rochelle et sur l’Île de Ré.

Découvrez les pâtisseries marocaines à travers une immersion à Tanger pendant le Ramadan. Techniques, traditions et inspirations pour progresser en cours de pâtisserie à La Rochelle et sur l’Île de Ré.

Voyager, quand on est pâtissier, ce n’est pas seulement découvrir des goûts.

C’est comprendre des logiques, des gestes, des cultures.

Je reviens récemment de Tanger, au nord du Maroc, où j’ai eu la chance de vivre une période particulière : le Ramadan.

Et s’il y a bien un moment où la pâtisserie prend tout son sens, c’est celui de la rupture du jeûne.

Une ambiance unique : la rupture du jeûne comme rituel collectif

Chaque soir, à Tanger, quelque chose de très particulier se produit.

La ville ralentit progressivement.

Les rues se vident.

Puis, presque soudainement, tout s’arrête.

Au moment de la rupture du jeûne, les familles se retrouvent autour de tables généreusement garnies. Et là, la pâtisserie n’est pas un simple dessert : elle fait partie intégrante du rituel.

On y trouve :

des dattes

la harira (soupe traditionnelle)

mais aussi une grande diversité de pâtisseries

Ce qui frappe immédiatement, c’est que rien n’est laissé au hasard.

Chaque préparation a une place, une fonction, une texture spécifique.

Les pâtisseries marocaines : une richesse technique souvent sous-estimée

De l’extérieur, on pourrait croire à une pâtisserie simple : miel, amandes, friture.

En réalité, c’est tout l’inverse.

Les pâtisseries marocaines reposent sur :

des gestes précis

une grande régularité

une maîtrise fine des textures

Et surtout, elles ne pardonnent pas l’approximation.

Chebakia, briouates, sellou : comprendre plutôt que décrire

Chebakia : l’art du geste répété

Emblématique du Ramadan, la chebakia est une pâte travaillée, pliée, frite puis enrobée de miel et de sésame.

Mais ce qui m’a marqué à Tanger, ce n’est pas la recette.

C’est la fluidité des gestes.

Des mains qui travaillent vite, avec précision, sans hésitation.

On est dans une logique de transmission par le faire, pas par l’écrit.

Briouates : la précision dans le détail

Triangles croustillants, souvent garnis d’amandes.

Là encore, tout repose sur :

le pliage

la cuisson

l’équilibre

Un détail mal maîtrisé, et le résultat change complètement.

Sellou : une pâtisserie fonctionnelle

Moins connu en France, le sellou est un mélange de farine torréfiée, d’amandes, de sésame et de miel.

Ce n’est pas une gourmandise “gratuite”.

C’est une préparation pensée pour nourrir, pour tenir.

Cette idée d’une pâtisserie qui a une fonction précise est assez éloignée de notre approche occidentale.

Une pâtisserie de geste, pas de matériel

Ce qui m’a frappé à Tanger, c’est l’absence de dépendance au matériel.

Peu d’outils sophistiqués.

Peu de machines.

Mais :

des mains sûres

des gestes précis

une grande efficacité

On est dans une pâtisserie directe, presque brute, mais extrêmement maîtrisée.

Ce que cela change dans ma façon de travailler

Ce type d’expérience ne reste pas théorique.

Elle influence directement ma manière d’aborder la pâtisserie… et de la transmettre.

Dans mes cours de pâtisserie à La Rochelle, et lors des ateliers que j’anime également sur l’Île de Ré, je reviens de plus en plus à ces fondamentaux :

comprendre les gestes

travailler la régularité

ressentir les textures

Faire des ponts avec la pâtisserie française

Ce qui est intéressant, ce n’est pas de reproduire ces pâtisseries à l’identique.

C’est de comprendre ce qu’elles apportent.

Macarons

Comme pour la chebakia, tout repose sur la précision du geste et la régularité.

Paris-Brest

L’équilibre des textures (croustillant, fondant, aérien) rappelle cette logique marocaine où chaque élément a un rôle.

Brioche

Le travail de la pâte, du toucher, de la fermentation rejoint cette approche du “ressenti” plus que du strict protocole.

Pâte feuilletée

Rigueur, répétition, précision : exactement les mêmes exigences.

Une autre manière de penser la pâtisserie

Au Maroc, la pâtisserie est rarement individuelle.

Elle est :

partagée

variée

pensée en ensemble

Un plateau de pâtisseries est une composition, presque une architecture.

C’est une approche que je trouve particulièrement intéressante à transmettre :

apprendre plusieurs techniques, comparer, comprendre.

S’inspirer sans dénaturer

Le risque, en France, est souvent de simplifier ou d’adapter à outrance :

trop de sucre

arômes artificiels

perte de texture

S’inspirer, oui.

Mais en gardant l’exigence du geste.

Ce que le voyage apporte vraiment

Ce séjour à Tanger pendant le Ramadan m’a rappelé quelque chose d’essentiel :

La pâtisserie n’est pas seulement une affaire de recettes.

C’est :

une culture

un rythme

une précision

une manière de faire ensemble

En conclusion

Les pâtisseries marocaines ne sont pas complexes par accumulation.

Elles sont exigeantes par nature.

Et c’est précisément pour cela qu’elles sont si intéressantes à explorer, que l’on soit amateur curieux ou passionné.

Elles invitent à revenir à l’essentiel :

le geste, la matière, et le sens.